Rapport égalité Femme / Homme : où est le plan d’actions ?

Conseil municipal de Nancy – Lundi 25 mars 2019 – 14h30

1 – Rapport Égalité Femmes / Hommes


Intervention de Nadia Sutter
(Seul le prononcé fait foi)

 

Monsieur le maire, chers/chères collègues,

Les tendances lourdes dégagées par la première édition de ce rapport en 2017 sont là et sont toujours les mêmes : les femmes sont surreprésentées dans les catégories C, dans les filières sociales, médico-sociales et administratives
Elles sont le plus souvent à temps partiel ou sur des postes à temps non complets par rapport aux hommes. Les pourcentages sont d’ailleurs assez éloquents : 20% des agents féminins de la commune ne travaillent pas à temps plein.

Ce qui induit nécessairement un impact sur la rémunération perçue par ces dernières. Il serait intéressant de soutenir les femmes qui subissent le temps partiel, en allant un peu plus loin dans les réflexions, de mettre en place des actions concrètes, pour qu’elles puissent atteindre le temps complet sans stress, en conciliant leur vie privée et professionnelle.
Réduire les différences de salaire, c’est un élément non négligeable dans la vie des femmes, surtout pour des familles monoparentales.

Si les données chiffrées sont indispensables pour objectiver une situation à un instant T, nous aurions pu attendre autre chose de ce rapport, un véritable plan d’actions au sein de la collectivité pour corriger ces problématiques. C’est ce sujet qui manque pour alimenter le débat.

Vous listez les actions conduites à l’extérieur de la collectivité, avec beaucoup de précisions, (via des manifestions, des subventions versées à des associations) mais qu’en est-il en interne ? Que fait la municipalité au quotidien pour réduire ces différences de traitement au sein même de son personnel ? Où est votre plan d’action ? Vous n’avez aucune politique ambitieuse sur ce sujet.

Voici un autre exemple :

En page 11 du rapport, il est clairement mentionné, selon un rapport de l’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, qu’il existerait une sous-évaluation de l’exposition aux risques professionnels des femmes dans leurs emplois, liée à une invisibilité des risques notamment pour certains emplois (écoles, entretien des locaux). Avez-vous mis des mesures en place ?

Un autre point évoqué : la progression des maladies professionnelles concerne les femmes et les hommes mais elle est 2 fois plus rapide pour les femmes. Le constater c’est bien, mais qu’avez-vous prévu dans ce cadre ? Aucun commentaire sur ce sujet.

Nous allons essayer d’être très concrets en regardant ce qui se fait ailleurs.

D’autres collectivités sont pro-actives sur ce sujet
– Pour aménager les temps de travail

– Pour favoriser la formation et le passage de concours internes

– Pour lutter en interne contre les discriminations

Ainsi, la ville de Cergy vient ainsi de mettre en place une autorisation de congés de 10 jours à l’occasion de la naissance d’un enfant, en complément du congé paternité de 14 jours déjà prévu par les textes. Pour lutter contre le temps partiel majoritairement subie par les femmes, le conseil départemental des Côtes d’Armor propose des cycles de travail permettant d’effectuer les 35, 37 ou 39h hebdomadaires sur 4,5 jours. De nombreuses collectivités ont déjà engagé ce travail, comme l’Eurométropole de Strasbourg ou la métropole de Brest en développant le télétravail. Quand sera-t-il mis en place dans notre collectivité ? Cela pourrait être un outil, en tout cas pour certains agents de mieux concilier vie professionnelle et personnelle et peut être d’éviter le temps partiel contraint. Le développement de formations internes de sensibilisation contre le sexisme au travail et la mise en place d’un référent RH sur ces questions est une autre piste à explorer. La montée en puissance de l’aménagement de postes de travail, des vestiaires, … pour permettre l’accueil d’agentes dans des services aujourd’hui très majoritairement masculins.

Je vais maintenant aborder un dernier point particulier, celui des chantiers d’insertion.

Et puisque nous évoquons le rôle de la collectivité en tant qu’employeur, je voulais évoquer dès maintenant une délibération située plus loin dans l’ordre du jour : celle liée à la mise en œuvre des chantiers d’insertion. Je ne mélange pas les sujets n’ayez crainte ! Je veux seulement rester cohérente.

Cela concerne 60 personnes au total soit 10 postes de plus cette année : c’est à souligner.

Les chantiers sont : Chantiers bâtiment, Chantiers espaces verts, Chantier pool mobilité (entretien notamment des véhicules de la municipalité) et Chantier entretien des locaux (depuis juillet 2018). Cela fait plusieurs années que je vous alerte en commission, sur la configuration de ces chantiers occupés très majoritairement par des hommes. La nature même de ces missions manque d’ambition, avec des conceptions stéréotypées qui restent très vivaces au sein de vos équipes.
Votre réponse à cette interrogation, a été d’ouvrir en effet, un nouveau chantier dédié plus particulièrement aux femmes, qui est l’entretien des bâtiments de la collectivité, en somme du ménage, qui selon vous devrait permettre aux femmes d’y trouver toute leur place.

Et pourtant p.14 de votre rapport, vous évoquez justement que les tâches ménagères au domicile, restent majoritairement prises en charge par les femmes, et vous reproduisez la même chose au sein de la municipalité. Êtes-vous sérieux ? Aux hommes les travaux mécaniques ou ceux de peinture et aux femmes le ménage voire l’entretien des espaces verts ? En 2019, cette vision paraît pour le moins anachronique. Vous augmentez le nombre de contrats d’insertion sans y impulser de la créativité dans le choix de vos missions.

Pourquoi ne pas réserver une partie de ces CDDI sur des missions ayant une autre ambition et peut-être un peu moins marquées. D’autres collectivités le font déjà : sur des postes d’agents d’accueil de musée, de bibliothèques, de piscine.
Vous êtes en charge de la culture de cette ville, n’y-a-t-il aucune possibilité d’ouvrir cet univers au chantier d’insertion ? Les associations y parviennent pourtant mais pas vous !

Certes le public accueilli dans ces chantiers est un public extrêmement fragile, parfois éloigné du monde du travail depuis longtemps, ne devons-nous pas pour autant avoir une autre vision pour eux ? Leur permettre de s’exprimer dans d’autres champs de compétence, leur donner l’occasion de se réaliser dans des contextes plus valorisants ?

Cela concerne 60 personnes, directement impactés par des accidents, des ruptures. Ce type de contrat est l’occasion de tisser réellement de nouveaux liens avec la collectivité et nos concitoyens, sans distinction de sexe cette fois ci, mais d’une façon un peu plus constructive.

Je vous remercie.