Transition écologique : une vision opportuniste et peu pertinente

Conseil municipal de Nancy – Lundi 4 février 2019 – 14h30

POINT 1 – Communication – Nancy 2030, cap sur la ville écologique


Intervention de Chaynesse Khirouni
(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le maire, chers collègues,

Notre modèle de développement économique, fondé sur l’illusion de ressources illimitées, n’est pas viable sur le long terme. Ce diagnostic, partagé par tous, est le fruit d’un long cheminement dont je souhaiterais rappeler les quelques étapes clés.
Il y a 30 ans, en 1988, création du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Climat), organisme publiant régulièrement des rapports de scientifiques du monde entier nous alertant sur le réchauffement climatique causé par l’activité humaine. En 1992, le premier sommet de la Terre à Rio a défini les bases du développement durable et un certain nombre d’orientations pour sauvegarder les ressources naturelles et sauver notre planète. En 1997, le protocole de Kyoto acte l’engagement des pays signataires à une baisse mondiale des émissions de gaz à effet de serre. La fameuse formule « notre maison brûle et nous regardons ailleurs, prononcée par Jacques Chirac lors de l’ouverture du Sommet de Johannesburg en 2002 marque la responsabilité de tous face au désastre écologique annoncé. Le Grenelle de l’environnement conduit par votre ami Jean-Louis Borloo dès 2007. Ou encore la succession des sommets mondiaux sur ce sujet, et notamment la COP 21 à Paris en 2015 où a été acté, non sans difficulté, un objectif de limitation du réchauffement mondial entre 1,5 °C et 2 °C d’ici 2100.

CONVICTIONS

La transition écologique est un sujet grave et sérieux. Vous ne ferez jamais croire à personne, Monsieur le Maire, au regard de votre parcours politique et de vos différentes responsabilités exercées durant une vingtaine d’années (adjoint, député, secrétaire d’Etat, Président de parti) que c’est en 2018 que vous avez pris conscience de l’urgence climatique. Oubliant tout de même en chemin que votre prédécesseur, André Rossinot, avait déjà eu pareille révélation dès 2009, entre la signature de la charte d’Aalborg, le déplacement au sommet de Copenhague, et le déploiement de politiques publiques estampillées développement durable. D’autant qu’ à la lecture de vos travaux durant vos mandats de député, je découvre quelques questions écrites adressées aux différents ministres de l’écologie.

Ainsi, vous écriviez en 2009 : « Nombre de Français s’interrogent sur le projet d’engagement national pour l’environnement, loi Grenelle 2. Ce texte doit permettre à la France de se propulser en tête de file pour la lutte pour le développement durable et la protection de l’environnement, en lui donnant les outils juridiques pour relever les gigantesques défis que pose la dégradation de la planète. La question de la responsabilité environnementale et sociale des maisons-mères et de leurs filiales est essentielle. » Dès lors, vous demandiez au gouvernement les mesures envisagées pour associer les multinationales à cet objectif essentiel.

Autre question écrite, (je résume) : vous relayez les préoccupations de Greenpeace relatives à la lutte contre la déforestation en rappelant le rôle majeur joué par les forêts tropicales dans l’équilibre environnemental et social de la planète. Pour limiter le réchauffement climatique moyen en-deçà du niveau critique, il est nécessaire d’engager un effort mondial pour réduire massivement la destruction des forêts, en plus de la réduction drastique de notre consommation d’énergie fossile ». Vous interrogiez le gouvernement sur les mesures qu’il entendait prendre pour favoriser en ce sens la future réglementation.

Etc… Différentes questions écrites sur la chasse, la biodiversité, les énergies renouvelables, la pollution publicitaire, le recyclage, les panneaux photovoltaïques… Et j’en passe et des meilleurs. Un vrai programme de transition écologique à elles-seules !

Que révèlent ces questions écrites ? Que votre numéro, qui consiste à nous jouer le responsable politique, humble, qui ne savait pas, ne tient pas la route. Que lorsque vous réagissez à la démission de Nicolas Hulot, en indiquant qu’il était celui qui vous avez convaincu d’agir, c’est une mascarade, oubliant au passage les engagements de votre ami Jean-Louis Borloo. Qu’engager la transition écologique à une année d’échéances électorales est un simple coup politique. La vérité : vous n’avez pas de conviction en la matière. Au grès du vent, vous surfez. Personne n’est dupe de votre jeu !
C’est d’ailleurs, ce qui explique les contradictions fortes de votre démarche et de votre méthodologie ayant conduit à déterminer les 90 actions annoncées dans votre communication.

METHODOLOGIE – DEMARCHE

En janvier 2018, vous lancez votre démarche « Nancy en transition écologique » co-pilotée avec l’UL et son Président Pierre Mutzenhardt, à vos côtés. Quelques mois plus tard, est installé le COTEN (conseil d’orientation de la transition écologique). J’y ai siégé au nom de notre groupe et participé aux principales réunions. Alors que le conseil d’orientation a pu s’appuyer sur l’expertise et le savoir des chercheurs de l’université de Lorraine et de quelques autres experts, vous n’avez laissé aucune place aux acteurs associatifs au sein de cette instance. Aucune association écologiste, aucune association d’usagers des transports associée, alors que Nancy a la chance d’avoir un réseau d’acteurs associatifs très actifs sur les questions de transition écologique, mobilités… Sans nul doute, que les mesures proposées auraient été empreintes d’une dimension plus forte en termes d’ambition et d’innovation.

PARADOXE DE VOS PROPOSITIONS

Au-delà de la gouvernance, il est tout du moins étonnant d’engager la transition écologique en délimitant le périmètre d’action aux seules frontières de la commune de Nancy. Vous avez tenté de manière fictive d’intégrer la Métropole à la démarche mais malheureusement, hormis lors de la première réunion d’installation du COTEN, aucun élu, représentants de la métropole, maires d’autres communes n’étaient impliqué.

Ceci limite le sérieux de votre engagement pour 2 raisons essentielles. D’une part, les contributions des nancéiens à cette consultation (via la mise en place d’une plateforme) font apparaître les questions de mobilité comme la principale préoccupation (30% des préoccupations-propositions) : place de la voiture, pistes cyclables, Transports en commun : maillage -tarification-cadence, développement de l’auto-partage, des parking relais, piétonnisation… D’autre part, nous savons que les transports sont la principale source d’émissions des gaz à effet de serre. A l’échelle de la France, malgré l’amélioration des performances des véhicules, le transport génère davantage d’émissions en 2016 qu’en 1990.
Or, la compétence transport est exercée par la Métropole. Aucune politique sérieuse et ambitieuse en termes de mobilité et de transition écologique ne peut s’envisager encerclée dans le périmètre nancéo-nancéien. A minima, elle se définit au niveau de la métropole.

Il s’agit là du principal angle mort de votre feuille de route : l’absence de mesures tangibles sur ce point et l’incohérence de vos propositions entre la ville et la métropole.

Ainsi la mesure numéro 20 vise une baisse des émissions de gaz à effet de serre sur notre commune par rapport à 1990. Comment peut-on sérieusement mesurer cette donnée seulement sur Nancy ? Comment croire que les émissions produites à Laxou, Maxéville ou Fléville n’auraient pas d’impact sur la qualité de l’air nancéien ? Ce n’est pas sérieux. Cela n’est pas sans rappeler l’attitude du gouvernement français à l’époque du nuage de Tchernobyl, qui se serait arrêté aux frontières de la France. Vous voilà donc bien esseulé pour conduire votre action. Cet écueil est d’autant plus surprenant monsieur le maire, que depuis déjà quelques semaines vous avez sorti de votre besace la création d’une commune nouvelle sur le périmètre de la métropole. A moins que cela relève à nouveau d’une démarche opportuniste ?

Vous souhaitez à échéance de 2030, que la répartition des déplacements se fasse selon la règle du 50/25/25 : 50% à pied, 25% en voiture, 25% en modes doux (bus, vélo,…). Encore une fois quelle est la pertinence de ce référentiel à l’échelle de la commune, déconnecté d’un plan d’action de la Métropole ? L’ambition est, même à l’échelle de la commune, plutôt limitée. Par comparaison, le vélo représente déjà à lui seul 16% des déplacements domicile-travail sur Strasbourg. Et en 2020, sera achevé sur la métropole strasbourgeoise un réseau express vélo pour accompagner encore l’essor de ce mode de déplacement. D’autres territoires, des intercommunalités cette fois, comme celle de Grenoble, Bordeaux, Nantes, ont, elles, déjà déployé des politiques de transport innovantes s’appuyant sur un réseau de transports en commun efficace, assurant un réel maillage du territoire. Autant d’actions permettant déjà depuis quelques années de juguler la circulation automobile, même s’il reste encore beaucoup à faire sur ces territoires. Preuve, que ce sujet devait être pris à bras le corps depuis de nombreuses années…

A Nancy, malheureusement, il n’en va pas de même. Nous sommes toujours dans l’attente d’un nouveau PDU, qui ne verra le jour qu’au sein du PLUiHD (Plan local d’urbanisme intercommunal habitat et déplacement) mais pas avant plusieurs années. D’autre part, après l’échec de la ligne 1 du tram, son renouvellement s’est engagé dans une certaine incertitude notamment en termes de financements ce qui laisse un doute sur le tracé qui sera finalisé en 2026 (peut-être sans la montée de Brabois). Enfin, le nouveau réseau de bus que prépare le nouveau délégataire pour la fin de l’année 2019 s’annonce comme une régression de l’offre proposée aux usagers.

Car il s’agit bien là d’une incohérence majeure entre les objectifs annoncés dans ce document et la réalité de vos décisions à la métropole. Vous avez soutenu monsieur le maire, la signature d’un contrat avec Keolis qui prévoit une diminution de l’offre kilométrique à l’échelle de la métropole. A moins d’habiter et/ou de travailler le long des 2 ou 3 lignes structurantes du réseau, mieux vaut s’armer de patience au moment de prendre le bus. Et ce n’est pas la grille tarifaire proposée aux Grands Nancéiens qui les encouragera à changer leurs habitudes. Agir sur l’offre, agir sur la tarification, voilà pourtant les deux piliers qui devraient guider votre action sur ce dossier majeur en lien avec la Métropole. Force est de constater que les mesures annoncées, les budgets alloués en matière de transition écologique sont en deçà de l’urgence et du retard à rattraper.

Enfin, pour terminer mon propos, le comble ! Nous apprenons que le gouvernement choisit Metz pour accueillir la réunion du G7 de l’environnement qui se tiendra en mai prochain. Il est évident qu’au regard du bilan et des éléments énoncés, il y avait donc peu de chance que Nancy soit retenue.

 

Alors que de nombreuses villes sont montées dans le train de la transition écologique depuis de nombreuses années, vous persistez à ne pas prendre au sérieux cette question. Une année perdue à élaborer un catalogue de mesures, non hiérarchisées, déconnectées des enjeux du territoire à définir a minima à l’échelle de la métropole.

Cela n’est pas sans nous rappeler cette année 2014 occupée à prolonger indéfiniment la campagne des municipales, pour finalement produire en 2015 un projet de ville qui a été aussi vite oublié qu’il avait été rédigé.

Alors que Nancy a besoin d’un maire qui fixe un cap et qui agit, les nancéiens et nancéiennes découvrent le maire guidé uniquement par les coups politiques et les coups de communication.
Ce document ne vous sera donc pas opposable dans les mois à venir. Il ne vous engage pas réellement à atteindre les modestes engagements que vous listez dans vos 90 propositions. Nous en prenons simplement acte, constatant une nouvelle occasion manquée de votre part d’engager la transition écologique et d’agir sur un sujet crucial pour notre Planète.