Ouvertures dominicales : une fausse bonne idée

Conseil municipal de Nancy – Lundi 5 novembre 2018 – 19h00

POINT 10 – Dérogations au repos dominical


Intervention de Chaynesse Khirouni
(Seul le prononcé fait foi)

 

Monsieur le maire, chers collègues,

La loi pour la croissance de 2015 permet d’autoriser les commerces de détail à ouvrir jusqu’à 12 dimanches dans l’année contre 5 auparavant. Cette loi, je vous rappelle, chers collègues, n’a pas été votée par les parlementaires, le gouvernement ayant eu recours au 49.3.

Vous nous proposez, comme pour 2018, une délibération autorisant les commerces de détail à ouvrir 12 dimanches en 2019.

Je vous rappelle, tout de même, qu’en 2016, vous nous aviez proposé de voter l’extension de l’ouverture des commerces à 9 dimanches au lieu des 5 habituels, en indiquant qu’il s’agissait d’une année de test et qu’un bilan serait réalisé. Aujourd’hui pour 2019, vous portez le nombre d’ouvertures à 11, sans nous présenter de bilan en termes d’impact économique.

Ce qui démontre, encore une fois, votre absence de volonté et de stratégie sur cette question de l’attractivité économique dont les mesures proposées pour redynamiser le commerce reposent pour l’essentiel sur des croyances. Cette absence de méthodologie et d’une équipe dédiée expliquent pour partie cette absence de résultats.

L’extension de l’ouverture des commerces le dimanche est une question complexe. Il n’existe pas de mécanique entre cette disposition et la création d’emploi ou de croissance. Je n’ai d’ailleurs jamais trouvé un rapport sérieux qui évalue l’impact économique.

Je vous rappelle les éléments de réflexion que notre groupe avait soumis à notre assemblée en 2018.

Ce sont principalement les grandes surfaces ou les grands groupes qui mettent la pression pour ouvrir les commerces 7j/7. Les artisans et petits commerçants, les PME ne sont pas favorables à l’ouverture les dimanches du fait de coûts supplémentaires élevés qu’ils seraient amenés à supporter. Contrairement à la grande distribution, aux franchisés, ces commerces ne peuvent assumer ces coûts (salaire double, repos compensateur, coûts matériels liés à l’ouverture…). De même de nombreux salariés souhaitent préserver leur vie de famille et consacrer leur temps de repos sans avoir à subir une pression de l’employeur. C’est ce qui a expliqué la large mobilisation de salariés de la grande distribution contre l’ouverture de leur enseigne le dimanche.

– Les commerces à dominante alimentaire peuvent ouvrir tous les dimanches, de 9h à 13h. C’est ainsi que ce sont développées les supérettes de centre-ville. Ces surfaces sont en général occupées par la grande distribution et sont venues concurrencer les petites épiceries indépendantes et des boulangeries lorsque ces surfaces proposent du pain. Ce sont ainsi développés des monopoles, un indépendant n’ayant plus les moyens de s’installer en centre-ville face à la grande distribution.

– Cette concurrence impacte les marchés, et Nancy n’a jamais réussi à impulser une véritable dynamique pour diversifier les marchés comme c’est le cas dans de nombreuses villes, autour par exemple des circuits courts, des marchés de producteurs, d’artisanat… Nous avons un retard considérable.

– Quant au développement du e-commerce, il nous oblige à réinventer de nouvelles formes de relations commerciales, une nouvelle offre adaptée aux attentes des consommateurs et des citoyens.

– Malheureusement, le recrutement, en 2016 d’un développeur de centre-ville (qui a quitté Nancy) n’a pas été un succès. La création d’une zone ATP centre-ville n’a pas permis d’engager de dynamique.

Enfin, vous le savez, une dynamique d’activité, l’attractivité d’une ville reposent sur la capacité à nous appuyer sur les petits commerces mais également sur tout le secteur associatif, culturel, sportif, caritatif, touristique dont le potentiel de développement est immense. Cette dynamique doit se déployer tout au long de l’année.

Notre groupe regrette encore une fois cette incapacité, Monsieur le Maire, à engager, au-delà des simples effets de communication ou de marketing, une réelle stratégie d’attractivité.

Et ce n’est pas l’extension de l’ouverture des commerces de détail à 11 dimanches par an qui répondra à ce lourd défi.

Notre groupe votera contre cette délibération.

Je vous remercie.