Commerce de centre-ville : place à une action enfin concrète ?

Conseil municipal de Nancy – Lundi 1er octobre 2018

POINT 5 – Création d’une société anonyme d’économie mixte locale de dynamisation du commerce et du logement en centre-ville


 

Intervention d’Areski Sadi

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le maire, chers collègues,

La création de cette société d’économie mixte est incontestablement un nouvel outil à la disposition de notre collectivité pour agir sur les enjeux de l’offre commerciale de centre-ville. Vous avez choisi de le faire en corrélation avec une politique de logement de centre-ville cela alourdit cet outil et le rend moins maniable, on verra ce que cela donnera.

Depuis 2009, j’attire notre attention à tous sur l’absolue nécessité d’endiguer la déshérence commerciale qui s’installe progressivement, insidieusement mais pas irrémédiablement dans notre centre-ville. J’ai toujours affirmé ici et chaque fois que je le pouvais, qu’il en allait de notre responsabilité d’élu. Cela est devenu au fil des années un point de vue partagé. Peut-être parce que vécu par d’autres centres-villes ailleurs en France, peut-être aussi parce que vous, Monsieur le Maire, vous êtes plus enclin à retenir un certain nombre de nos propositions allant dans le bon sens.

Réidentification commerciale et culturelle de Nancy par la Saint Nicolas que nous soutenions, préemption de biens commerciaux, tout cela revient à mettre en oeuvre une partie de nos propositions. Notre groupe n’a cessé de faire des propositions sur cette thématique, nous ne nous sommes jamais contentés, d’incantation ou d’opposition de principe si stérile. Vous savez Monsieur le maire que ce n’est ni mon style ni le genre de la maison s’agissant de notre groupe. Il est loin le temps où, en 2012, quand nous déroulions ces idées, on nous taxait soit de dangereux bolchéviques voulant municipaliser le commerce, soit de populistes jouant sur les peurs des commerçants.

En vérité, l’élu est tout à fait légitime pour intervenir dans ce champ économique comme il le fait dans d’autres. Légitime d’abord, parce qu’à la question « qui peut influer sur le commerce de centre-ville ? », commerçants et consommateurs citent le maire. Légitime ensuite, parce qu’il a reçu mandat pour appliquer sa vision des quartiers, sa vision de la ville donc sa vision du pays. Légitime enfin, parce qu’un certains nombres d’outils législatifs, politiques, partenariaux et financiers sont mis à sa disposition pour agir en ce sens.

La société d’économie mixte, que nous allons créer cet après-midi, voit s’unir à la fois des acteurs publics (la ville et la métropole) et également des acteurs bancaires au premier rang desquels la Caisse des dépôts. Cette société nous paraît être un vrai signal indiquant que les acteurs du territoire croient en son potentiel. Elle est par ailleurs dotée d’un capital à la mesure de ses ambitions et elle pourra ainsi mener ses opérations tout de suite. Je réitère simplement devant cette assemblée, quelques remarques que j’ai faites en comité de pilotage :

1 Le pacte d’associés doit prévoir une clause de priorité entre associés lors de cessions de participations,
2. Une durée minimale de détention des parts doit être obligatoire pour assurer une stabilité au démarrage,
3. Le périmètre géographique d’intervention devra rapidement s’élargir aux secteurs en grande déshérence commerciale comme la rue St Dizier côté place des Vosges ou encore d’autres.
4. Ne pas vouloir préempter, acquérir, des fonds de commerces, du papier, c’est en effet plus prudent. En revanche, vouloir avec le même outil travailler à la fois la politique commerciale et la politique du logement en centre-ville je demande à voir.

Si le taux de vacance nancéien n’atteint pas des records, les premiers signaux d’alarme sont bien là et depuis 2009-2010. Les exemples se sont multipliés depuis : Maginot/Darty, St Dizier/Go Sport, Tati au St Seb…. Et nous connaissons les facteurs déstabilisant le centre-ville : concurrence des zones périphériques, accessibilité des magasins, des artisans et des professions libérales, réaménagements urbains gigantesques hors de notre jauge avec des travaux multiples lancés tous azimuts et tous en même temps et surtout standardisation, homogénéisation des enseignes appauvrissant la diversité commerciale. La SEM naissante pourra réorienter cela. A condition, mes chers collègues, à condition, que cela ne prenne pas le chemin malheureux du développeur de centre-ville.

Nous restons tout de même sur notre faim, convaincus que vous avez trop tardé à agir sur une question pourtant majeure. D’autres pistes ont souvent été mises en avant par notre groupe : nouvelles formes d’artisanat, nouvelle forme de magasin coopératif et indépendant en parallèle des hypers marchés, plus grande place aux producteurs locaux via une nouvelle vision des marchés municipaux, taxe sur les Friches Commerciales.

Enfin, cette SEM marque une nouvelle étape. Les premiers effets ne se feront sentir au mieux qu’à
compter de 2020/2021. A raison d’une moyenne de 3 opérations par an à compter de l’année prochaine et prenant en considération les délais administratifs, les délais de travaux et ceux de commercialisation, il ne faut pas espérer de miracle immédiat.

En tout cas vous m’avez compris, nous avons ces quelques réserves, mais nous saluons que notre commune ait enfin son mot à dire sur les enjeux d’aménagements commerciaux de son centre-ville. Cette SEM ne doit pas être pas une fin en soi, plutôt le début d’une nouvelle volonté d’action publique dans le champ commercial.