Mobilités : incohérence entre ambition affichée et réalité des décisions

Conseil municipal de Nancy – Lundi 1er octobre 2018

POINT 2 – Rapport d’activité et de développement 2017 de la Métropole du Grand Nancy


Intervention de Chaynesse Khirouni
(Seul le prononcé fait foi)

 

Monsieur le maire, chers collègues,

Je souhaite axer mon intervention sur une thématique au cœur de l’action de la métropole, celle des déplacements.

Inutile de rappeler ici que cette compétence mobilise une part importante du budget du Grand Nancy ni qu’elle occupe largement nos débats en conseil métropolitain, surtout au sujet du renouvellement de la ligne 1.

Comme vous le savez, les modalités de la tarification du réseau Stan est une prérogative de l’assemblée métropolitaine qui dessine les politiques menées, à la fois en termes de transition écologique mais également en termes de pouvoir d’achat. Vous avez fait, monsieur le maire, de l’année 2018, l’année de la transition écologique. Force est de constater que les choix votés à la métropole par votre majorité sont en contradiction avec votre ambition.

Et ce n’est pas la nouvelle grille tarifaire à l’œuvre depuis le 1er août dernier qui viendra contredire ce constat.

Augmentation de 10% du montant de l’abonnement mensuel, dégradations des conditions d’accès au Pass Classe (tarification pour les scolaires prenant les transports en commun), dégradation des conditions d’accès aux différents parkings-relais… J’en passe et des meilleurs. Autant d’évolutions qui n’ont pas fini d’interroger les usagers du réseau Stan.

La justification de ces différentes hausses, nous laissent sans voix. Ainsi, puisque les entreprises prennent en charge 50% de l’abonnement de leurs salariés, cette hausse n’est pas si grave. On pourra objecter que les entreprises contribuent déjà largement au financement du réseau Stan via le versement Transports dont le taux est fixé à son maximum sur le territoire métropolitain depuis déjà de longues années.

Par ailleurs, les familles qui ne seraient plus satisfaites par le Pass Classe nouvelle formule (obligation de valider avant 9h15 le premier voyage) peuvent souscrire à un Pass Jeune. C’est vrai, pourquoi prendre le gratuit quand on peut avoir le payant. Pourquoi ne pas avoir plutôt créé un Pass Classe offrant toujours un Aller-retour gratuit par jour sans conditions d’horaires complété pour celles et ceux qui en besoin du Pass Jeune ?

Cette hausse du coût d’entrée sur le réseau Stan est d’autant moins acceptable que dans le même temps l’offre de transports est en baisse constante. 8,6 millions de kms commerciaux ont été réalisés en 2017 contre 9,8 en 2014.

Mais et toujours selon votre analyse, tout va bien puisque la fréquentation reste robuste. Moins de kms réalisés et fréquentation en hausse cela veut surtout dire des bus surchargés et des conditions de transports moins confortables pour les usagers. Inutile de rappeler la situation des rames de la ligne 1 bondées aux heures de pointe, certains usagers devant laisser passer plusieurs tram avant de pouvoir monter. Et ce n’est pas la suppression d’un certain nombre de sièges qui répondra à ces difficultés.

Pour les Nancéiens et Grands Nancéiens, il faut donc payer plus pour disposer d’une offre réduite. On marche sur la tête !

Quant au maillage du territoire et aux fréquences de passage, les usagers ont intérêt à résider et/ou à travailler sur l’une des 2 principales lignes du réseau, puisque près de 60% de la fréquentation est réalisée sur les lignes 1 et 2. Pour les autres habitants, c’est le système débrouille qui fonctionne et qui malheureusement consiste souvent à devoir prendre sa voiture faute de solution de transport adaptée. Et je n’évoque pas les déplacements à vélo, dont on attend toujours un grand plan de déplacement et des conditions de sécurité améliorées.

Monsieur le maire, vous le savez parfaitement, il n’y a pas de transition écologique sans une politique de déplacement offensive en faveur des mobilités alternatives à la voiture, à commencer par celle des transports en commun.
Inscrire la transition écologique à l’échelle uniquement de notre commune n’a aucun sens. Elle doit se porter a minima au niveau de la Métropole avec des choix de politiques publiques permettant de répondre aux défis environnementaux. Nous en sommes au nième cri d’alarme lancé par des scientifiques pour tenter de sauver notre planète !
C’est un plan « en faveur de la mobilité propre et de la qualité de l’air » qui doit être urgeamment engagé ! C’est favoriser les modes de déplacement doux et de nouveaux comportements visant à terme à diminuer les émissions de gaz polluants : transport en commun, vélo, co-voiturage, auto-partage…

Concernant les transports en commun, une tarification plus lisible et permettant à tous d’emprunter le réseau Stan doit être engagée dès maintenant. Organiser, à Nancy, une journée sans voiture c’est bien. Ne pas l’avoir accompagné de la gratuité des transports ce jour là est une aberration.

De nombreuses villes et agglomérations innovent et accompagnent les changements d’habitudes des citoyens.
Un exemple : l’agglomération mulhousienne vient de lancer un support unique permettant d’accéder aux bus, parkings, vélos en libre service et service d’auto-partage, avec facturation unique. Mulhouse a même réussi à mette en oeuvre une politique d’attractivité pour lutter contre la désertification de son centre-ville. Nous en sommes encore bien loin à Nancy.

A l’heure de l’urgence climatique, des priorités doivent être clairement fixées, des actions doivent être mises en oeuvre. Malheureusement à Nancy, comme à la Métropole, il semblerait que vous n’ayez pas pris la mesure de la situation et que vous restez, en matière de transition écologique, dans des mesures cosmétiques et des slogans de communication politique.

 


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