Sécurité et vie nocturne

Conseil municipal de Nancy
Lundi 14 mai 2018 – 14h30

1 – Politique de la Ville de Nancy en matière de Sécurité Publique


Intervention de Nadia Sutter

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique,

Monsieur le Procureur de la République,

Monsieur le Maire, cher.e.s collègues,

Ma collègue Chaynesse Khirouni vient d’évoquer des enjeux liés aux compétences de la police nationale. Je voudrais, pour ma part, ré-ouvrir le débat de la vie nocturne à Nancy.

J’évoquerai donc deux sujets :

  • La charte de la nuit, promise depuis des années mais dont nous attendons encore la concrétisation ;
  • La question du rôle sécurisant de l’éclairage urbain, sur lequel nous sommes régulièrement interpellés mais dont nous parlons rarement.

1. Concernant la charte de la nuit, d’abord :

Monsieur le Maire, cette fameuse charte baptisée « Nancy la nuit » était l’une de vos promesses de campagne. Elle devait être élaborée en partenariat avec les patrons de discothèques, les associations d’étudiants et tous les acteurs de la vie nocturne, dans le but de mieux concilier festivités et tranquillité des riverains.

Il s’agissait, si je me souviens bien, de disposer d’un nouvel outil de médiation dans les secteurs concernés par les problématiques nocturnes, puisque cette charte devait être évaluée en mesurant son impact sur les incidents devant les établissements de nuit (rixes et agressions notamment).

Dès 2015, votre adjoint à la sécurité, Monsieur Thiel, annonçait sa volonté de voir se concrétiser cette charte rapidement. Depuis, notre groupe vous interpelle régulièrement pour connaître son état d’avancement. Chaynesse Khirouni avait, entre autres, encore soulevé ce point lors du débat sur le Rapport d’Orientation Budgétaire 2018.

Je tiens toutefois à préciser ici que la charte « Nancy la nuit » ne doit, selon nous, pas seulement être répressive. Et pourtant c’est là le seul volet nous semble-t-il que vous avez développé. Nous avons tous en tête l’arrêté municipal, en vigueur depuis juin 2015, qui vise à fermer entre 2h et 6h du matin tous les établissements compris dans la zone de sécurité prioritaire qui vendent des denrées alimentaires.

Vous en conviendrez : ce seul arrêté, nécessaire à réduire les nuisances sonores, ne peut suffire dans une logique de conciliation. Nous sommes donc impatients de découvrir cette charte et surtout son contenu.

2. Concernant l’éclairage urbain, ensuite :

Même si je sais évoquer ici une compétence de la Métropole du Grand Nancy, l’éclairage public peut également relever du pouvoir de police du Maire. Il s’agit d’ailleurs d’un service à la croisée de différentes thématiques des politiques municipales : sécurité publique, amélioration du cadre de vie, développement durable, politique patrimoniale…

Le rôle de l’éclairage public ne se limite pas uniquement à la fonctionnalité. Et il y a, à mon sens, beaucoup à faire pour atténuer un sentiment d’insécurité parfois directement lié à cet éclairage.

Car en effet, à l’origine, l’éclairage public a été mis en place pour des raisons de sécurité. Il permet de se déplacer et de se défendre. Il contribue au bien-être quotidien de nos concitoyens. Une bonne régulation des espaces éclairés constitue un élément essentiel de prévention contre les harcèlements de rue ou tout simplement les agressions physiques.

Les étudiants, les personnes âgées, les femmes, ont souvent un sentiment de peur de se déplacer la nuit tombée. Cela a une incidence notoire sur leur mobilité et leur autonomie. Se déplacer dans certains quartiers de la ville nécessite parfois des précautions, des mises en place de stratégies pour éviter une situation dangereuse. Rejoindre, la nuit, son domicile et utiliser les transports en commun, peut également devenir anxiogène.

D’ailleurs, d’après une enquête Harris Interactive pour la SPIE (Société parisienne pour l’industrie électrique), l’éclairage public est, pour une écrasante majorité de Français (90%), un élément central contribuant à leur sécurité. Selon un sondage Ipsos, commandé par le syndicat de l’éclairage, 1 Français sur 5 juge que sa rue n’est pas assez éclairée, et 1/3 des habitants des villes moyennes est particulièrement insatisfait de l’éclairage de sa commune.

Nous le savons, l’éclairage doit, comme toute démarche de service public, concilier des attentes parfois contradictoires. Une solution unique d’éclairage n’existe pas. Mais l’amélioration de l’éclairage ne veut pas forcément dire augmentation de l’intensité lumineuse ni du nombre de points lumineux. La tendance du moment est de remplacer les installations existantes par des éclairages moins consommateurs d’énergie, tout en diminuant également la « pollution lumineuse ».

De nombreuses communes ont su tirer profit de nouvelles technologies pour proposer des alternatives intelligentes. La ville de Toulouse, par exemple, a mis en place un éclairage intelligent dans l’ensemble du centre-ville : un système de détection permet de prévoir l’arrivée d’une personne grâce à sa masse et à sa vitesse de déplacement, et donc de déclencher l’allumage d’un lampadaire, qui entraîne ensuite celui des lampadaires suivants.

A Dijon, chacun des mâts d’éclairage public de la ville a été équipé d’un boîtier permettant de le contrôler à distance, à partir d’un simple ordinateur. Cet équipement permet de pratiquer des baisses d’intensité lumineuse en milieu de nuit avec précision. Les voies routières peuvent par exemple accepter une baisse du niveau de luminosité jusqu’à 80%.

A Nancy, certains cheminements piétonniers urbains pourraient disposer de balisage lumineux Led qui permettent de canaliser la lumière, son orientation, l’intensité et la durée afin de gêner le moins possible les habitants. Il existe également des solutions d’éclairage autonome. Nous avons une belle entreprise comme Eclatec à Maxéville, qui maîtrise parfaitement tous les aspects de cette problématique. Mais pour cela il faut une volonté politique, Monsieur le Maire !

Dès lors, pourquoi ne pas proposer à Nancy un schéma directeur des points lumineux, afin de répondre à ces enjeux ?

D’ailleurs, la charte de la nuit pourrait inclure le volet éclairage et sécurité : les habitants de chaque quartier, les conseils-citoyens, les professionnels de l’urbanisme, de la sécurité y amèneraient leur expertise.

Parce que si rien n’est fait, on aboutit inévitablement à la fermeture d’espaces traditionnellement ouverts. Un espace négligé, mal éclairé va peu à peu se vider et devenir un lieu propice à la délinquance. Ce sont, par exemple, des rues qui se privatisent et qui créent un « entre-soi ». Certains nouveaux îlots sont déjà construits de cette manière.

Parce que si rien n’est fait, ce seront toujours les mêmes personnes, silencieuses, qui prendront le bus pour travailler avec la même boule au ventre aller-retour, et qui rentreront en pressant le pas…

Pour conclure mes propos, l’éclairage public émergent ouvre une ère nouvelle de la nuit en ville. Il est important d’en prendre la mesure. Il permet de concilier le confort des usagers, de les apaiser dans un environnement plus qualitatif, et ainsi de modifier leur ressenti quotidien, et surtout d’éviter des actes de délinquance.

Je vous remercie.