Pour que la peur ne soit pas seule conseillère en matière de sécurité publique

Conseil municipal de Nancy
Lundi 14 mai 2018 – 14h30

1 – Politique de la Ville de Nancy en matière de Sécurité Publique


Intervention d’Areski Sadi

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique,

Monsieur le Procureur de la République,

Monsieur le Maire, cher.e.s collègues,

Ce point annuel entre nous, avec tous les coproducteurs de la politique sécuritaire de notre Ville, est très important et nous nous en félicitons à chaque fois.

Est-il besoin de dire ici un lieu commun ? La peur est humaine, légitime. Qui n’a pas peur ?

L’une des questions dont nous débattons finalement depuis quelques minutes est plutôt celle-ci : cette peur est-elle bonne ou mauvaise conseillère ? En tout cas, doit-elle être la seule conseillère en matière de sécurité publique ?

Prenons une partie de ce volet sécuritaire, celui qui génère le plus de peur, parce que l’actualité nous le commande : le terrorisme. Nous autres, Européens, nous avons trop vite oublié que, depuis des décennies, les pays outre Méditerranée nous avertissent déjà à propos de ce terrorisme. Maintenant ça arrive ici, sur notre sol, le sol européen !

Notre message, en direction de cet ennemi commun, peut finalement se résumer en trois points, retenus de la leçon outre-méditerranée :

  • Souvenons-nous d’abord que ces pays nous ont démontré la nécessité d’être unis face à la peur du terrorisme.
  • Songeons ensuite à être prudents, malgré la peur, quant à la prolifération des armes létales.
  • Et enfin, méfions-nous de discours trop anxiogènes qui nous empêcheraient de continuer à vivre pleinement notre modèle sociétal. Promouvons la liberté absolue de conscience et d’aller venir. Promouvons un modus vivendi laïque, démocratique, bref : notre modèle français.

Premièrement donc :

Oui, nos ennemis doivent être dissuadés et leurs macabres dessins déjoués. Et ce qui, finalement, nous rassure tous et toutes, c’est aussi le fait que nous sommes tous unis, que nous sommes tous mobilisés, que majorité et opposition font corps pour assurer la sécurité de nos concitoyens.

L’étalage de moyens et de mesures, c’est important. Il ne doit pas être le seul. Le fait que sur ce sujet, il y ait consensus entre nous dissuade autant les terroristes ; eux qui pensent s’engouffrer dans la moindre polémique, la moindre division entre nous. Cette union sacrée rassure autant nos concitoyens.

Deuxièmement :

L’armement d’un pays n’est jamais anodin ! Gilbert Thiel vient d’évoquer l’armement de notre police municipale, que nous avons d’ailleurs approuvé. L’arme létale est toujours un enjeu vital pour toutes les sociétés, quelles qu’elles soient.

En Algérie, des armes avaient été mises à disposition, quasi librement, pour certains vigiles, pour certains agents de l’Etat dits « patriotes ». Cela a considérablement compliqué la tâche des forces de l’ordre. Si bien que les autorités les ont retirées, plus tard, de la circulation.

Sur ce sujet, les Etats-Unis en sont également l’exemple dangereux. Les dernières déclarations de Donald Trump nous le rappellent de manière très aiguë. Les pays qui se sont livrés à cette sorte de course à l’échalote n’ont jamais pu rengainer ces armes.

Troisièmement, et ce sera ma dernière remarque :

C’est aussi pour que, sans peur, nous continuions de vivre notre modèle sociétal que ces mesures sont là. Malgré cette peur légitime, soyons nous-mêmes, continuons d’aller en toute confiance, par exemple, au son et lumière cet été Place Stanislas, son et lumière qu’on maintient à leur barbe.

Vivre notre modèle sociétal, voilà aussi une clé pour vaincre la peur, pour vaincre des idéologies horribles. Soyons nous-mêmes quels que soient les Français qui nous interpellent.

Pourquoi, je pose ici une question mes cher.e.s collègues, quand il s’agit des populations dites des quartiers, aborde-t-on trop souvent leurs revendications par le prisme religieux ? Il ne viendrait à l’idée de personne, quand entre autres exemples les marins-pêcheurs manifestent devant le parlement de Bretagne, de leur désigner le curé du coin ou le pasteur breton comme interlocuteur. Pourquoi, dès qu’il s’agit des autres, on va à leur rencontre à grands renforts d’imams ? Ces populations-là manqueraient-elles de spiritualité religieuse ? N’ont-elles pas de porte parole ?

Notre culpabilité post coloniale vis-à-vis des pays d’Afrique du Nord fausse encore notre jugement. De ce fait, nous pensons, à tort, que nous n’avons pas, d’ici, à condamner là-bas, des idéologies fussent-elles horribles.

L’imam, mes chers collègues, le plus modéré qui soit, n’est pas là pour former le citoyen laïque éclairé, affranchi de toute tutelle de pensée, pour penser par lui-même la République de demain !

Voilà, Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Procureur, Monsieur le Directeur, Monsieur l’adjoint à la sécurité, les leçons tirées de ces pays qui ont subi, les premiers, ce type de terrorisme de plein fouet.
La majorité des Français de culture musulmane, appelons-les comme ça, a peur des intégristes. D’une part parce qu’ils sont victimes comme tout le monde (à Nice, au Bataclan et ailleurs), d’autre part parce que ces fanatiques assassins essayent de faire monter la xénophobie et ils se retrouvent alors pris entre deux feux.

Je vous remercie.