Bilan annuel de la politique de la Ville en matière de sécurité publique

Conseil municipal de Nancy
Lundi 14 mai 2018 – 14h30

1 – Politique de la Ville de Nancy en matière de Sécurité Publique


Intervention de Chaynesse Khirouni

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur départemental de la Sécurité publique,

Monsieur le Procureur de la République,

Monsieur le Maire, cher.e.s collègues,

Ce temps d’échanges et de débats en conseil municipal autour de la politique de sécurité et de prévention à Nancy, est un temps primordial et nous tenions à vous remercier pour votre disponibilité.

Vous le savez : pour nous, être intraitable avec toutes les formes d’insécurité, ce n’est pas être dans la surenchère, dans le populisme ou dans la stigmatisation. C’est la tranquillité des Nancéien.ne.s qui est en jeu. Du droit essentiel pour chacun, quel que soit son âge, sa condition sociale, son quartier, à profiter pleinement de sa ville. Face à une cohésion sociale fragilisée, la sécurité est un droit absolu. C’est la première obligation de l’Etat, c’est la première demande des citoyens les plus vulnérables.

Notre groupe a compris, dès 2010, la nécessité d’engager un véritable plan d’action pour répondre aux problèmes d’insécurité, de plus en plus prégnants dans les villes et les métropoles de manière générale. Car la qualité du cadre de vie, et notamment les questions de sécurité et de tranquillité publique, sont des sujets cruciaux pour Nancy.

Agir, prévenir, avant que la ville ne soit confrontée à des situations ingérables, incontrôlables. Conscients de ces enjeux, nous sommes intervenus régulièrement pour apporter nos réflexions et propositions, sans dogmatisme.

Quoi qu’on en pense, les questions de prévention et de sécurité, telles qu’elles nous sont posées aujourd’hui (en intégrant les menaces terroristes, la radicalisation), nécessitent des moyens spécifiques. Nous soutenons le renforcement des moyens humains, et non pas le redéploiement de moyens, et la nécessité de réhabiliter la police de proximité, indispensable au dialogue avec les habitants.

Je rappelle que la création de la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) en 2013, que nous avons soutenue, s’est trouvée être une réponse adaptée. Les moyens ont été renforcés et une meilleure coordination a pu se concentrer sur les quartiers les plus sensibles. En l’occurrence, pour Nancy, cela concerne le centre-ville, le Plateau de Haye et le quartier d’Haussonville.

La Ville de Nancy doit continuer à être un partenaire engagé de l’Etat, car une coordination renforcée entre les différentes autorités est plus que jamais nécessaire. La transversalité est bien sûr indispensable.

Nous regrettons en revanche que le Plateau de Haye n’ait pas été récemment classé dans les quartiers difficiles ayant droit à des renforts et des moyens dans le cadre de la mise en place de la nouvelle Police de Sécurité du Quotidien (la « PSQ »), la police de proximité qui ne dit pas son nom. En effet, Nancy ne fait pas partie des villes qui ont été retenues par le gouvernement pour recevoir des moyens et des effectifs supplémentaires. Vous avez pourtant, Monsieur le Préfet, lancé ce dispositif début mars.

J’ai bien compris qu’il y avait une instruction du Ministre de l’Intérieur pour appliquer la PSQ dans tous les départements de France. Mais vous expliquiez récemment, Monsieur le Préfet, que, si cela se faisait ici à moyens et effectifs constants, c’est parce que « les élus locaux n’étaient pas demandeurs, car ce n’est pas génial pour l’image et que ce n’est pas un quartier très dur ». Monsieur le Maire, pouvez-vous nous confirmer que vous n’avez pas souhaité de moyens supplémentaires pour Nancy ?

Nous le savons tous, la question des trafics de stupéfiants est très prégnante. Nous sommes régulièrement interpellés par les habitants qui subissent au quotidien les conséquences de ces trafics en bas de leur immeuble ou à proximité des écoles, comme c’est par exemple le cas sur le Plateau de Haye. La police a d’ailleurs effectué plusieurs descentes et interpellations, et c’est une bonne chose. Il ne faut pas lâcher la pression, c’est une action de longue haleine : vous avez raison et nous vous soutenons.

Cette situation concerne également le centre-ville et plus particulièrement le quartier Saint-Nicolas, où les dealeurs se sont installés dans les entrées d’immeubles afin d’échapper aux caméras de vidéosurveillance.

Pour illustrer concrètement la situation, je rappelle que notre groupe a été interpellé par les propriétaires d’un immeuble, à propos d’un trafic de drogue organisé de manière récurrente dans l’entrée. Malgré plusieurs réparations et interventions de serruriers, la porte est systématiquement forcée par les dealeurs. Les conséquences sont graves pour les propriétaires et les locataires : depuis plusieurs mois, plus de la moitié des appartements de l’immeuble est inoccupée et les actuels locataires menacent de ne plus payer leur loyer.

Dans ce quartier aussi, nous attendons une action forte de la Ville et de l’Etat pour répondre aux inquiétudes croissantes des habitants et des commerçants.

Comme l’indique Jean-Louis Borloo dans son rapport sur les banlieues remis au Premier Ministre récemment, pour faire face aux difficultés, des moyens doivent être amplifiés dans les ZSP et les quartiers prioritaires.

Il nous faut renforcer les effectifs et les moyens en engageant de véritables politiques de prévention et de réinsertion, en soutenant une police de proximité afin de renouer le dialogue avec les habitants, en renforçant les effectifs spécialisés (grande délinquance, drogue, investigation…).

Une politique de sécurité et de prévention ne peut être menée sans un investissement fort et volontaire dans les politiques d’éducation, les politiques culturelles, dans la lutte contre les discriminations, le chômage…

Par ailleurs, on ne peut agir fermement pour la sécurité sans agir fermement pour la Justice. Nous sommes tous intervenus pour renforcer les moyens de la Justice, de nos tribunaux qui ne peuvent plus assurer dans des conditions efficaces la justice du quotidien. Le tribunal de Nancy est devenu l’illustration concrète du manque de moyens de la Justice en France, qui est une spécificité française, depuis toujours.

Un rappel : la commission européenne publie chaque année un rapport qui compare et classe les différents systèmes de justice des 28 Etats membres de l’Union Européenne. La France est en bas du classement sur un certain nombre de critères : manque d’effectifs, budget insuffisant, longueur des procédures… A titre d’exemple, le budget de la Justice en France est de l’ordre de 72€ par habitant par an, contre 146€ pour l’Allemagne et 155€ pour le Royaume-Uni.

Enfin, Monsieur le Maire, vous envisagiez, en 2014, 250 à 300 caméras accompagnant le travail des policiers sur le terrain, grâce à un centre de surveillance à l’échelle du Grand Nancy. Aujourd’hui, où en sommes-nous dans ce déploiement ? Comme nous l’avons toujours évoqué, la vidéosurveillance ne peut se substituer aux moyens humains et aux politiques de prévention.

Qu’en est-il également de ce centre de supervision qui devait voir converger les images des plus de 200 caméras installées sur l’ensemble de la Métropole ? Celui-ci devait ouvrir en 2018 sur le pôle de l’eau à Vandœuvre. Aujourd’hui, la première pierre n’est pas posée. Vous évoquiez en introduction une possible échéance en 2019. Il semble cependant planer des incertitudes sur cette réalisation, alors que de nombreuses grandes intercommunalités se sont dotées de ce type d’équipement.

Ce centre de supervision devait également être le premier pas vers la construction d’une police de territoire métropolitaine.

Monsieur le Maire, cher.e.s collègues, les politiques de sécurité nécessitent volonté, ambition, moyens. Vous pouvez compter sur notre groupe pour continuer à travailler sur ces questions de manière constructive et efficace.

Je vous remercie.