Année de la Transition Écologique : mettre en cohérence les intentions affichées avec les choix politiques

Conseil municipal de Nancy
Lundi 5 février 2018 – 14h30

1 – 2018, Année de la Transition Ecologique – Cap sur la Ville de 2030


Intervention de Bertrand Masson

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Maire,

Quelques remarques à l’aube de l’engagement de cette démarche qui nous amènera, si j’ai bien compris, à reparler de ce sujet de nombreuses fois et en de nombreux lieux au cours de cette année 2018.

Je voudrais d’abord dire que nous partageons avec vous l’urgence de cet engagement pour la transition écologique. Vous avez rappelé à juste titre la tribune, qui a effectivement fait beaucoup parler d’elle en novembre 2017, de ces 15 000 scientifiques : « Bientôt, il sera trop tard ». Finalement, et c’est d’ailleurs rappelé dans le corps de la communication qui nous a été transmise, cette tribune intervient 15 ans après le fameux discours de Jacques Chirac à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Il a donc fallu attendre 15 ans pour que cette prise de conscience soit aujourd’hui totalement partagée.

Aussi, permettez-moi de dire que cette volonté d’engager notre ville dans la transition énergétique est bienvenue car, jusqu’ici, le sujet était assez peu présent dans votre communication. J’ai d’ailleurs relu attentivement votre programme municipal : vous n’en parliez pas. Même dans le Projet de Ville, que votre majorité a adopté au début du mandat, il n’en est que très peu fait mention au détour d’un paragraphe sur « l’héritage botanique » de Nancy.

Nous croyons qu’effectivement, il s’agit là d’un travail de longue haleine et en profondeur qu’il faut conduire. Il y a pour cela un certain nombre de sujets sur lesquels nous pouvons, dès maintenant, agir.

Puisque vous appelez finalement à ce que chacun apporte sa contribution à ce débat, je veux rappeler, avant d’entrer dans le détail de quelques propositions, que notre groupe avait, dès la campagne municipale de 2014, porté un projet ambitieux, d’ailleurs assez moqué à l’époque. Nous avions en effet émis le souhait, dans un long développement, que notre ville devienne – je cite – « une ville pionnière de la transition écologique ». Nous avions alors fait plusieurs propositions que je rappelle, pour mémoire :

  • Création du 1er Parc naturel urbain de Lorraine pour plus de nature en ville. Cette question mérite aujourd’hui d’être reprise et explorée, notamment lorsque l’on parle de la place du végétal dans la cité.
  • Appui des collectivités territoriales à l’amélioration énergétique des logements publics ou privés, dont on sait qu’il s’agit d’un enjeu majeur.
  • Facilitation du tri des déchets. Je dis cela en regardant Jean-François Husson, car je sais que de nombreuses choses ont été faites en matière de gestion des déchets à l’échelle de notre Métropole. Nous avons encore des progrès à faire, même si je ne néglige pas ce qui a été fait.

Monsieur le Maire, cette communication est importante parce que, bien souvent, la question de la transition écologique est décrétée par les Etats dans de grandes conférences internationales. Elle est également parfois renvoyée à la responsabilité individuelle de chacun. Finalement, ce que vous nous dites là, c’est que les collectivités territoriales, y compris à l’échelle communale, doivent prendre toute leur place dans cet effort collectif. Aussi, nous avons un certain nombre de sujets sur lesquels nous pouvons, dès maintenant, mettre en cohérence les intentions ici affichées avec les choix politiques d’aujourd’hui.

Permettez-moi d’évoquer, par exemple, la question des transports en commun car, même si je sais qu’il s’agit d’une compétence métropolitaine, je ne doute pas que vous apportiez votre voix aux décisions qui sont prises.

Bien évidemment, il n’aura échappé à personne que la Métropole s’apprête à faire un choix pour le renouvellement de la ligne 1 du tram. Je note, par ailleurs, que votre majorité augmente régulièrement le prix des transports en commun. C’est, pour une part, un paradoxe lorsque l’on affiche des ambitions énergétiques et de transition écologique !

Notre groupe porte une forte ambition pour le renouvellement de la ligne 1. Celle-ci doit être guidée par la question de l’éco-mobilité. J’espère donc que nous serons nombreux, à la Métropole, à défendre notamment les connexions entre le réseau TER et le réseau de transports en commun du Grand Nancy. Il y a là un véritable enjeu de développement durable au service de nos concitoyens. La question du tram-train, longtemps évoquée, toujours repoussée, doit désormais être tout à fait constitutive du choix qui va être fait dans quelques semaines.

De la même manière, vous le savez, les choix universitaires de transférer plusieurs unités d’enseignement sur le plateau de Brabois, nous obligent aujourd’hui à en assurer une desserte efficace sans « rupture de charges » – même si j’ai bien lu que Madame Malika Dati n’aimait pas que l’on emploie cette expression.

La ligne 1 est une chose, mais il nous faudra également repenser, dans le cadre du débat qui s’engage autour des déplacements urbains, la définition du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi). Par ailleurs, nous l’avons souvent dit dans cette enceinte, la question de la place du piéton et du vélo doit être maintenant centrale. Autrement dit : nous devons aujourd’hui penser l’aménagement urbain à l’échelle du piéton et non plus à l’échelle de la voiture, comme cela a été le cas pendant de trop nombreuses années. Nous avons là beaucoup à faire.

Monsieur le Maire, vous savez que nous sommes, pour notre part, engagés depuis 2014 pour un élargissement des zones piétonnes à Nancy. Cela avait été un objet de discussions et de débats, légitimes par ailleurs car ce n’est pas simple, cela perturbe les habitudes et les zones de chalandises. Mais nous avons du retard en la matière. Et si vous fixez comme objectif premier à notre ville de s’engager dans la transition énergétique, il faudra aller vers cela. Faire le choix de la piétonisation d’un certain nombre d’axes dans l’hyper centre-ville et d’une place accrue pour le vélo, au-delà de la généralisation de la zone 30 dans toute la ville comme vous l’avez annoncé, c’est aussi mettre en cohérence les orientations et les choix politiques d’aujourd’hui.

Permettez-moi enfin d’évoquer un sujet d’actualité, mais tout à fait en lien avec cette communication, et sur lequel nous ne vous avons pas encore entendu. Jeudi dernier, le Conseil d’Orientation des Infrastructures, présidé par Philippe Duron, a remis au gouvernement ses propositions pour les mobilités de demain. Ce rapport enterre – n’ayons pas peur de le dire – la ligne TGV Rhin/Rhône, dont le Sillon Lorrain s’était encore récemment emparé pour offrir à Nancy, et au territoire dans son ensemble, un débouché sud. Pourtant, nous sommes tous ici d’accords pour dire qu’il est important pour éviter que Nancy reste ce cul de sac ferroviaire.

Cette commission enterre donc ce dossier en le renvoyant aux calendes grecques. Ici aussi, il convient de demander fortement au gouvernement, qui devra rendre ses arbitrages définitifs dans quelques semaines, de revenir sur les propositions contenues dans ce rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures. Il en va des déplacements du quotidien.

De la même manière, Nancy, et la Meurthe-et-Moselle en général, sont en partie les grandes perdantes du rapport. Certes, du point de vue autoroutier, l’A31 bis apparaît comme un chantier prioritaire. Chacun aura lu les propositions dans le détail : nous voyons que ce qui, en fait, est considéré comme véritablement prioritaire, c’est la liaison Thionville/Luxembourg. C’est d’ailleurs assez légitime compte-tenu des enjeux du travail frontalier, puisque près de 100 000 Lorrains franchissent la frontière chaque jour pour se rendre au Luxembourg ou en Allemagne. Mais pour Nancy, rien n’est prévu – ou alors reporté à la fin des années 2020, voire aux années 2030 – pour penser le désengorgement que nous constatons aux portes de notre ville. Il suffit d’être sur la RN57 ou sur l’A330 pour constater, tous les jours, les embouteillages et les pollutions accrues.

Voilà les quelques pistes que je voulais évoquer. J’aurai voulu dire un mot de la place de la nature en ville, mais nous avons déjà échangé là dessus à l’occasion des débats sur la Place Thiers ou la Place Charles III, pour lesquelles nous avons sans doute manqué une occasion. Vous savez que nous partageons avec vous, Monsieur le Maire, la volonté que nous profitions d’aménagements à venir sur la Place Thiers pour que les choses s’améliorent. En cela, nous vous soutiendrons évidemment.

Quoi qu’il en soit, nous disons oui à cette année de la transition énergétique. Mais au-delà des slogans, au-delà des opérations de communication, il nous faut engager un travail de fond et faire des choix courageux qui vont sans doute bousculer. C’est aussi cela, la responsabilité politique et je crois qu’en la matière, nous avons vraiment du retard.