Rythmes scolaires : contribuons à la consultation !

Le 27 juin dernier, le gouvernement a adopté un décret permettant l’évolution des rythmes scolaires, laissant aux municipalités le choix de revenir ou non sur la précédente réforme. C’est pourquoi, la Ville de Nancy lance une concertation afin de définir l’organisation qui sera appliquée à la rentrée de septembre 2018 dans les écoles publiques de la ville.

Inquiets d’un énième retour en arrière qui se ferait au détriment des enfants, les élu.e.s du groupe « Nancy, Ville Meilleure » s’engagent en faveur du maintien de la semaine de 4,5 jours, organisation plus favorable aux apprentissages scolaires.

1. Historique

En janvier 2013, la réforme des rythmes scolaires prévoyait la refonte de la semaine d’école au profit d’une semaine de 24 heures d’enseignements réparties sur 9 demi-journées, actant ainsi la fin de la semaine de 4 jours. Lors de la campagne des élections municipales de 2014, notre groupe défendait déjà ces nouveaux rythmes éducatifs, pour une meilleure prise en compte des capacités d’apprentissage des élèves et un accès plus large aux activités éducatives.

Aussi, à Nancy, cette nouvelle organisation des temps scolaires et périscolaires a été mise en œuvre à la rentrée de septembre 2014, avec l’organisation d’une demi-journée de classe supplémentaire le mercredi matin et la fin de la classe à 16h les autres jours. Pour les élèves, deux activités gratuites sont proposées (une culturelle et une sportive).

2. La concertation lancée par la Ville de Nancy

En septembre dernier, le Conseil municipal a validé le Projet Educatif Territorial 2014-2017 de la Ville de Nancy, alors que venait d’être adopté un nouveau cadre réglementaire avec la publication du décret du 27 juin 2017 relatif aux dérogations à l’organisation de la semaine scolaire.

En effet, « au nom du pragmatisme », le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a, dès son arrivée au gouvernement, autorisé les communes qui le souhaitent à mettre fin à la semaine de 4,5 jours, instaurée par la gauche sous le précédent quinquennat. Nous regrettons qu’il ait ainsi posé un acte fort contre les mesures phares de la Refondation de l’école et ouvert la porte à un véritable retour en arrière et ce, au mépris même de l’intérêt des enfants.

A Nancy, la municipalité a estimé qu’une évolution des rythmes éducatifs nécessitait d’engager une concertation préalable rassemblant les avis des parents d’élèves, des enseignants, des animateurs périscolaires, des associations et clubs sportifs et de tous les résidants nancéiens intéressés. Les élu.e.s du groupe « Nancy, Ville Meilleure » entendent bien sûr y prendre part.

3. Les propositions du groupe « Nancy, Ville Meilleure »

Le maintien des rythmes scolaires actuels :

La réforme des rythmes scolaires de 2013 avait pour principal objectif d’alléger les journées des enfants. En effet, pour bien apprendre, les écoliers doivent être concentrés, à l’écoute. Grâce à cette réforme, ils bénéficient de journées d’école moins chargées et sont plus disponibles aux apprentissages.

Plusieurs études scientifiques démontrent l’importance de prendre en compte la chronobiologie des enfants qui ont, durant la journée, des moments d’attention plus ou moins forte. Les nouveaux rythmes scolaires prévoient ainsi des matinées d’école plus longues, ces périodes étant les plus propices aux apprentissages. Le retour de la classe le mercredi matin permet également d’éviter une coupure en milieu de semaine, néfaste pour beaucoup d’enfants qui ont du mal à retravailler le jeudi matin.

Les spécialistes sont nombreux à défendre cette répartition du temps scolaire sur 5 jours, dans l’intérêt des enfants. Par exemple, pour le professeur François Testu, chronobiologiste et Président de l’ORTEJ (Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfants et des Jeunes), « ce n’est pas rendre service à l’enfant que de lui proposer la semaine de 4 jours ».

Il est par ailleurs important de rappeler que la fatigue des enfants dépend largement de l’alternance veille-sommeil et de sa régularité, et donc des pratiques familiales concernant l’endormissement et l’usage régulé des écrans.

Le saviez-vous ?

La France est, de loin, le pays où les élèves du primaire ont le moins de jours d’école : 162 jours par an, contre 183 pour la moyenne européenne. Ce chiffre tombe à 144 jours si l’on retient la semaine de quatre jours. Dans le même temps, l’élève français assiste à un nombre d’heures astronomique : 864 heures contre 776 en moyenne en Europe.

Pourtant, notre pays est en retrait dans tous les classements européens et internationaux. La France est également l’un des pays où le système scolaire est le plus inégalitaire. Ainsi, les enfants de cadres sont plus de 75% à obtenir à minima un bac +2, contre 20% pour les enfants d’ouvriers !

Le maintien et la gratuité des activités périscolaires :

La réforme de 2013 a également permis de favoriser l’accès à des activités culturelles et sportives à tous les enfants, pour favoriser leur réussite. En effet, cet accès à des activités péri et extrascolaires est encore très inégalitaire en France, alors que les loisirs éducatifs permettent aussi l’apprentissage des savoirs et sont favorables à la réussite des enfants.

Un rapport commandé à l’Université de Lorraine et à l’Université de Paris Nanterre a montré qu’à Nancy, les nouvelles activités périscolaires ont été une véritable réussite éducative. La mise en place de deux activités culturelles et sportives gratuites pour tous s’est révélée être un atout, notamment pour les enfants issus de familles modestes (qui étaient d’ailleurs les premiers visés par la réforme de 2013 !), puisque ceux-ci seraient plus d’1/3 (35%) à ne bénéficier d’aucune autre activité en dehors des temps scolaires et périscolaires.

Zoom sur le coût :

Le projet de loi de finances pour 2018 maintient le fonds de soutien aux activités périscolaires pour les communes qui font le choix de rester sur un rythme hebdomadaire scolaire de 4,5 jours.

Ainsi, à Nancy, 300 000 € restent à la charge de la Ville après le versement de ces aides (sur un coût total de 800 000 €). Pour une ville de cette importance, ce coût est largement « absorbable ».

4. Les pistes à explorer

La répartition du temps scolaire sur 5 jours a pu générer, dans les premières années, des difficultés d’organisation qu’il ne s’agit pas de nier. Pour dépasser ces difficultés, la consultation lancée par la Ville de Nancy doit être l’occasion d’aller au-delà de la simple question binaire du retour ou non à la semaine de 4 jours. Il s’agit pour nous de poursuivre le travail engagé sur l’aménagement des rythmes, en réfléchissant avec les Nancéiens à plusieurs options.

Envisageons une distinction dans l’organisation des activités des écoliers de maternelle et de primaire :

Individualiser davantage l’organisation selon l’âge des enfants, en prenant notamment en compte les rythmes des élèves de maternelle, permettrait par exemple de préserver la sieste des plus petits.

Pour autant, cette distinction pourrait s’avérer être un réel problème d’organisation pour les familles ayant un enfant en primaire et un enfant en maternelle. Cette option n’est donc envisageable qu’à condition de garder le même bornage horaire pour les deux niveaux, comme nous le proposions lors de la campagne 2014 : une fin de classe arrêtée à 16h30 pour tout le monde, mais avec une organisation différente dans l’après-midi.

Mercredi ou samedi matin :

Un retour de la ½ journée d’école supplémentaire au samedi matin pourrait notamment permettre aux associations sportives, culturelles et d’éducation populaire de récupérer le créneau d’activités du mercredi matin. Cette solution pourrait également répondre à la demande des parents qui estiment que la coupure du mercredi est bénéfique à la récupération des enfants.

Evidemment, la communauté éducative et les parents doivent être consultés sur ce sujet. Pour rappel, il y a 3 ans, ces derniers s’étaient prononcés à 82% pour le mercredi matin, le samedi étant sujet à un fort taux d’absentéisme… Quoi qu’il en soit, la liaison entre l’école et les modes de garde doit être assurée par la collectivité.

Discutons d’une expérimentation sur la réduction des vacances, notamment d’été, pour mieux répartir le temps sur l’année scolaire :

Une autre proposition soulevée consiste à supprimer la demi-journée supplémentaire (mercredi ou samedi) tout en maintenant les activités et le rythme actuel pour les autres jours de la semaine. Une telle organisation impliquerait cependant la nécessité de rattraper environ trois semaines de classe dans l’année, ce qui empiéterait inévitablement sur les vacances scolaires.

La France étant le pays où les élèves du primaire ont le moins de jours d’école, cette option est évidemment à proposer au débat. Nous sommes toutefois attachés à un calendrier scolaire national et estimons que, si une expérimentation peut être menée, elle doit aboutir à une harmonisation sur l’ensemble du territoire.

Demandons une harmonisation à l’échelle métropolitaine :

Une grande souplesse est laissée aux communes dans l’organisation du temps scolaire et périscolaire. Ainsi, différentes stratégies ont été adoptées au niveau local, comme l’a montré une enquête menée conjointement par la CNAF (Caisse Nationale des Allocations Familiales) et l’Association des Maires de France. A cela s’ajoute le fait que les marges de manœuvre financières et les capacités d’encadrement des municipalités pour les temps périscolaires sont contrastées selon les collectivités.

Aussi, l’égalité des chances est tout sauf une réalité au sein même de notre Métropole, ne serait-ce qu’en termes de moyens. La question d’une politique éducative commune ne semble pas être d’actualité, chaque maire restant logiquement attaché à sa prérogative. Pourtant, mener une réflexion à l’échelle du Grand Nancy permettrait sans doute de s’attaquer réellement aux inégalités territoriales.

5. Les points de vigilance qui demeurent

Le temps scolaire ne représente que 10% de la vie de l’enfant. Il est donc primordial de s’intéresser à l’ensemble de ses autres temps éducatifs, afin de les améliorer et de mieux les articuler : les temps péri et extrascolaires, les temps en famille, les temps passés devant les écrans, les temps de vacances, etc. Puisque la réflexion éducative constitue un tout, nous resterons vigilants sur plusieurs points.

Développer une logique de parcours et favoriser le lien scolaire / périscolaire :

Comme le préconisent les travaux de Claire Leconte (chercheuse en chronobiologie, spécialiste des rythmes de l’enfant) et de Philippe Meirieu (spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie), il est aujourd’hui nécessaire d’avoir une vision éducative globale, avec une organisation pédagogique et éducative décloisonnée. Au-delà des loisirs, les activités périscolaires doivent permettre aux enfants de développer progressivement des compétences transversales d’ordre cognitif, social et socio-affectif. Activités scolaires et périscolaires doivent se compléter, en cohérence avec les différents enjeux, et renforcer les apprentissages.

Permettre la professionnalisation des intervenants :

Développer la qualité des temps éducatifs passe également par l’accès de tous les acteurs à des formations professionnelles continues et partagées. Selon nous, il est nécessaire de développer l’accès à des parcours certifiant aux métiers de l’animation pour tous les intervenants professionnels.

La valorisation de la filière animation ainsi engagée doit se poursuivre sans connaître de coup d’arrêt, quelle que soit l’organisation finalement retenue concernant la semaine scolaire.

Préserver l’impact sur le travail des femmes :

Les horaires d’école n’ont pas seulement un impact sur le rythme d’apprentissage des enfants : ils influent également l’organisation sociétale et familiale et notamment le temps de travail des mères, même si toutes ne sont pas touchées de la même manière selon leur catégorie socioprofessionnelle.

En effet, 1/3 des emplois occupés par les femmes l’est à temps partiel, notamment pour adapter l’activité professionnelle à la présence des enfants le mercredi. Une étude publiée par l’Institut des politiques publiques a montré que la réforme des rythmes scolaires de 2013 a toutefois permis, en moins de 2 ans, de réduire de 15% l’écart de temps de travail sur cette journée entre hommes et femmes.

Pour de nombreuses familles, adapter son emploi du temps en fonction de celui de son enfant n’est tout simplement pas une option. Cet aspect rend d’autant plus nécessaire la continuité de l’offre d’activités périscolaires de qualité, afin de permettre à toutes les mères de concilier au mieux le temps professionnel et le temps familial.

Pour finir…

Le conseil municipal de février 2018 validera officiellement le choix fait par les Nancéiens. Ce choix engagera la Ville et ses habitants pour de nombreuses années. Aussi, nous espérons une participation massive de l’ensemble de la communauté éducative (parents, enseignants, associations, animateurs, …) à ce débat public, afin que la décision prise soit conforme à l’intérêt des enfants et à la réussite scolaire de tous, notamment des enfants les moins favorisés.

 

Les élu.e.s du groupe « Nancy, Ville Meilleure » :
Guy Alba ∙ Marianne Birck ∙ Nicole Creusot ∙ Chantal Finck ∙ Vincent Herbuvaux ∙ Chaynesse Khirouni ∙ Mathieu Klein ∙ Antoine Le Solleuz ∙ Gilles Lucazeau ∙ Bertrand Masson (son Président) ∙ Julie Meunier ∙ Areski Sadi ∙ Nadia Sutter