Animation, accessibilité et urbanisme : des pistes pour le commerce de centre-ville

Conseil municipal de Nancy
Lundi 18 décembre 2017 – 14h30

9 – Convention avec l’association des commerçants de la rue de la Faïencerie pour la pose et la dépose du plafond lumineux de rue


Intervention d’Areski Sadi

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le maire, chers collègues,

Bon… on refait un rappel ? Allez on refait une piqure de rappel sur l’animation et le développement du centre ville.

Les déplacements, les consommateurs, les commerçants, les touristes, les résidents, nos territoires, … tout cela, mes chers collègues, est directement et indirectement impacté par le développement commercial. J’aime à rappeler qu’il est à l’origine de la naissance de la plupart des centres-villes.

Monsieur le Maire, vous venez de prendre des charges au sein de l’Association des Maires de France et nous vous en félicitons. « Développement Economique, Tourisme, Commerces » seront désormais mis en avant par vous devant toutes les municipalités de France. Les études montrent que lorsqu’on pose aux citoyens la question : « qui est le plus à même de changer le commerce ? » Une grande majorité répond le Maire, la municipalité. Un peu les commerçants eux-mêmes, un peu les consommateurs mais majoritairement les élus et le Maire. On est donc bien là dans la bonne structure avec l’AFM pour proposer et orienter ce dossier.

Les citoyens nous disent également que le temps du caddie dans les grosses zones commerciales est révolu. Ils veulent flâner en ville, être riverains et utilisateurs du centre-ville.

Evacuons une remarque qui va sans dire mais qui va mieux en le disant : « toutes les associations de commerçants, dans tous les quartiers, doivent être traitées par nous de façon équitable. Celle de la rue de la Faïencerie comme les autres. Les commerçants ne comprendraient pas une action différente de la mairie selon le type d’animation, le type de décoration et le quartier.

Je reviens à votre nouvelle mission, Monsieur le Maire ! Tiendra-t-elle compte de ce constat : le commerce de centre-ville, le commerce de proximité, l’offre des services rendus dans les centres-villes de France (professions libérales, artisans, services publics) se meurent. Quand je dis cela ici depuis 2009, on a même été jusqu’à me qualifier de populiste. Quand cela est en UNE de Libération, de l’Est Républicain, on dit quoi ? Quand cela est dans la bouche de beaucoup d’élus locaux, de commerçants, on dit quoi ?

A Nancy, sans dramatiser plus que de raison, c’est aujourd’hui toujours aussi préoccupant : les cellules commerciales vacantes sont maintenant en emplacement dit N°1 (Rue St Jean, Rue des Dominicains,…). Ces véritables friches – car oui, après plus de trois mois de vacation, on parle de friches – s’installent durablement dans certains quartiers du centre-ville les rendant, par effet d’entrainement, plus du tout « business frendly » (puisqu’il paraît qu’il faut maintenant mettre une dose d’anglais dans nos discours…).

Autre constat, des grandes enseignes quittent le centre-ville (Darty, Go Sport,…). Aussi, nous vous proposons, à nouveau, d’aborder la question par trois cotés au moins, et si vous pensez cela expédient, vos nouvelles charges, Monsieur Le Maire, peuvent aider ces trois points.

  • L’animation commerciale
  • L’accessibilité des magasins
  • L’urbanisme commercial dont son corollaire le prix du m2

S’agissant des animations commerciales d’abord, l’une d’entre elles est pour le chiffre d’affaire de fin d’année. Maintenant, on mise plus sur notre terroir de la St Nicolas. Cette proposition de notre part a trouvé écho auprès de vous et nous nous en réjouissons. Est-ce que la création du développeur de centre-ville est pour faire écho à notre idée de « stewards du centre-ville » ? Parce que si c’est cela, les commerçants et les utilisateurs du centre-ville ne le voient pas vraiment.

Les marchés municipaux représentent aussi un réel levier d’animation pour la ville. La petite ville de Montreuil compte plus de sept marchés dans tous ses quartiers. Nous avons proposé d’en créer, de façon cohérente, dans les quartiers adéquats, à des créneaux horaires originaux (nocturnes par exemple) et à majorité de terroir en relation avec les AMAP, les producteurs, les artisans et les créateurs. Les consom’acteurs se multiplient et c’est tant mieux. Le projet d’une grande surface collective, en circuit court, avec un statut se rapprochant des SCOP et des coopératives est en cours sur l’agglomération.

Sur l’accessibilité des boutiques, des cabinets et des artisans du centre, je soumets à la sagacité de notre assemblée ce chiffre : en France, 17.7 millions de déplacements par jour, sont pour les achats. 10% de tous ces déplacements sont effectués en transports en commun, à pied et à vélo. S’il n’est pas question du zéro voiture, nous militons pour désengorger le centre-ville en réduisant le nombre de voitures. Où en sommes-nous de notre idée d’instaurer un multi-pass intermodal donnant accès au vélo en libre service, au bus, au tram et aux parkings ? Où en sommes- nous d’un tarif de transport public plus lisible et plus solidaire basé sur le revenu via le QF ou la tranche d’imposition, non uniquement sur le statut du voyageur ?

Enfin, et je terminerai par ce dernier point, l’urbanisme commercial est bien du domaine de l’élu local. L’implantation commerciale exacerbe les enjeux fonciers et paysagers. Nos entrées de la ville sont défigurées par les trop nombreuses zones commerciales d’hyper- marchés. Quant aux cellules commerciales du centre-ville, quand elles se libèrent, les bailleurs préfèrent les laisser vacantes très longtemps jusqu’à trouver, qui un banquier, qui une assurance, qui une mutuelle, capable de payer un loyer élevé, un pas de porte exorbitant ou un prix de vente rédhibitoire. Ces véritables friches s’installent durablement au point que nous sommes proches de la bulle spéculative.

Nos leviers ? Le PLU, le PLH, pourquoi pas la proposition aux Maires de France de défendre une taxe sur les cellules vacantes. Elle existe déjà sur les appartements vacants. D’ailleurs vous avez, et c’est tout à votre honneur Monsieur Le Maire, commencé à étudier notre proposition en la matière en créant une société publique de préemption et de rachat de m2 commerciaux du centre. En offrant, dans un local qui appartiendrait au début à la collectivité, un ou des services aux riverains du quartier, il est démontré que le cercle vertueux s’installe. S’agglutinent alors à coté, d’autres commerçants et prestataires de services, manifestant le désir de capter la zone de chalandise ainsi créée. Créée par qui ? Eh bien par l’élu !

En conclusion : oui, nous avons quelques moyens pour agir. Oui, nous pensons qu’il serait salvateur de cesser de regarder le bout de nos chaussures en criant à qui veut l’entendre que nous n’y pouvons rien. La Ville de Chambéry, dans sa politique commerciale, analyse la dépense des ménages par territoire afin d’arbitrer les volumes, produit par produit, d’autorisation d’installation. A Montpellier, trois niveaux d’orientation commerciale fondés sur trois zones de chalandise : ville, communauté urbaine, aire urbaine ! Ceci pour une offre commerciale spatialisée. Le PLU du Grand Lyon porte maintenant à la fois sur le centre et aussi sur la périphérie ; à la fois sur l’attractivité résidentielle et aussi sur l’attractivité commerciale et économique.

Monsieur le Maire, vous, plus particulièrement maintenant, avez ce levier supplémentaire pour que la politique reprenne la main, puisque la seule sphère privée, dans ce domaine, ne parvient plus à réguler ce dossier.

Je vous remercie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *