Musée lorrain : repartir sur de nouvelles bases

Conseil municipal
Lundi 20 mars 2017

11 – Rénovation du Palais des ducs de Lorraine-Musée lorrain – Adoption de l’Avant-Projet Définitif – Avenant n° 1 au marché de maîtrise d’œuvre


 

Intervention de Bertrand Masson
SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Monsieur le maire, chers collègues,

Je voudrais tout d’abord remercier M. Dubois pour sa présence et la présentation qu’il a faite du projet.

Je me souviens précisément du conseil municipal de janvier 2012 au cours duquel vous avez présenté, en tant qu’adjoint à la culture. Nous avions alors unanimement partagé la nécessaire rénovation du bâti, pour sa mise en sécurité et pour son accessibilité qui n’étaient pas assurées autant que pour sa muséographie qui n’était pas à la hauteur des attentes de visiteurs d’un grand musée de notre temps.

Ce projet global, annoncé alors à 100M€, nous l’avons combattu :
– à cause de son coût démesuré et de l’absence de financement, obérant par ailleurs un budget d’investissement déjà contraint,
– à cause de l’absence de réflexion sur l’intégration urbaine du projet oubliant de prendre en compte la rénovation pourtant indispensable du Palais du Gouvernement dans l’espace XVIIIème.
En écho, nous avions alors formulé puis répété tout au long de ces années, des propositions notamment en matière d’engagement de la ville en faveur de la création contemporaine, dans le soutien aux institutions culturelles (comme le Ballet) ou en défendant la réfection urgente de la place de la Carrière et de sa piétonisation.

Sans revenir sur toute l’histoire de ce projet, il a fallu ensuite une importante mobilisation citoyenne et des associations de défense du patrimoine, y compris au niveau national, pour que s’engage enfin une remise à plat du dossier.

En effet à l’issue d’expertises complémentaires, les services de l’Etat ont demandé en 2016 la préservation du mur de fond de cour et de la charpente du bâtiment des Ecuries. La conservation de ces deux éléments majeurs est venue considérablement modifier l’équilibre général architectural du projet retenu par le jury de concours en 2013.

C’est donc un nouveau projet que nous avons à examiner aujourd’hui !

Du point de vue architectural, la construction contemporaine envisagée en lieu et place du bâtiment Nord de fond de cour ne nous semble plus de nature à altérer la qualité patrimoniale du site. D’abord et avant tout parce qu’il respecte la volumétrie du bâtiment actuel et s’inscrit en continuité du bâtiment des Ecuries. Nous rejoignons en cela les avis émis par les experts qui se sont félicités de l’évolution du dossier.

Du point de vue de la construction, il apparaît que certaines de nos remarques ont été prises en compte à commencer par la suppression de l’amphithéâtre de 240 places envisagé sur 2 niveaux en sous-sol. Je rappelle que deux équipements de même nature existent à seulement quelques centaines de mètres de là. Je dois néanmoins dire que nous restons soucieux des importants travaux en sous-sol qui doivent être réalisés et des fouilles longues et incertaines qui devront être engagées. Celles-ci ne doivent pas aboutir à une inflation budgétaire non maitrisée.

Et je voudrais qu’à ce stade, vous puissiez nous indiquer pourquoi les salles d’exposition temporaire ne peuvent être accueillies au sein du Palais du Gouvernement, ce qui aurait exclu ces travaux en sous-sol et peut-être permis une économie sensible.

Sur la question du coût : j’entends aussi une évolution notoire. Le projet global se recentre sur ce qui était initialement appelé « phase 1 ». Je prends bonne note de votre engagement quant au lancement rapide des études sur la réfection de l’ensemble constitué du Palais du Gouvernement, de la Place de la Carrière, et du bastion Vaudémont, un projet qui dépasse largement l’ambition de la « phase 2 » prévue au départ. A nos yeux, l’objectif doit rester la piétonisation et afin de donner un signe immédiat, nous vous demandons de proscrire définitivement et quelques soient les circonstances le stationnement au pied de l’arc Héré, sur le terre-plein central de la place et au pied du Palais du Gouvernement.

Plus globalement et sur cet enjeu financier, nous disposons enfin d’une présentation d’un plan de financement consolidé à 43M€. Je crois que nous pourrions tirer ensemble un enseignement de cette séquence : qu’il conviendrait à l’avenir de privilégier la réalité des engagements plutôt que des affirmations qui renvoient plus à de la communication politique qu’au sérieux avec lequel nous devons appréhender ces questions, surtout à l’heure où l’argent public se fait plus rare.

Du point de vue muséographique, nous avons bien noté le travail, déjà engagé d’ailleurs, sur le parcours historique. Nous voudrions obtenir des garanties sur la mise en valeur des joyaux de ce musée, je pense notamment aux œuvres de Georges de la Tour ou de Jacques Callot. Personne ne comprendrait, je crois, qu’une telle rénovation, ne se traduise pas par une valorisation accrue de ces chefs-d’œuvre.

 Sur la création contemporaine, comme nous l’avions suggéré, la concomitance de ce débat et de l’engagement formel de la ville en faveur de l’aménagement d’une fabrique culturelle sur le site des anciens abattoirs est un signe positif. Nous nous exprimerons plus loin sur ce sujet mais il nous est toujours apparu important de dire que notre ville n’avait pas vocation à devenir une « ville-musée », n’oubliant pas que le patrimoine de demain, c’est la création d’aujourd’hui.

De la même manière, le vote de notre assemblée fin 2016 en faveur d’une étude sur un nouvel équipement culturel répondant aux besoins du CCN, CDN et de l’Opéra national nous paraît une bonne chose. Ceci dit, je ne veux pas opposer le patrimoine et la création contemporaine mais notre conviction est qu’ils sont les deux piliers d’une politique culturelle équilibrée.

La responsabilité politique c’est de prendre en compte le réel et de dialoguer dans l’intérêt de nos concitoyens et de notre ville. Sur ce dossier nous avons été utiles. Pour autant nous ne sommes pas au bout du chemin et nous gardons de nombreux points de vigilance. Cependant, aujourd’hui, nous sommes prêts à accompagner ce travail, voilà pourquoi nous voterons majoritairement pour cette délibération et celles qui l’accompagnent.